
Dans La Petite étincelle1, on aperçoit la militante écologiste Solange Fernex dans les derniers mois de sa vie : cheveux courts et gris, visage fatigué. Elle ne cessa jamais de lutter, pourtant, à tous les étages où il était possible d’œuvrer : au cœur des occupations de terrain, populaires et parfois victorieuses, affirmant le refus massif de l’implantation nucléaire autour du Rhin, jusqu’au Parlement européen. « Je mesure la difficulté d’être femme […]. Suspectée d’hystérie, d’exaltation, de passion, d’irréalisme… » Présentée comme « pacifiste », elle reste, pour l’éditrice Isabelle Cambourakis qui s’apprête à rééditer la biographie de Fernex, « l’une des pièces manquantes du puzzle de l’histoire de l’écoféminisme en France ». La non-violence qu’elle portait en étendard, puisant dans l’héritage de l’indépendantiste Gandhi, a inspiré ses « jeûnes pour la vie ». Mais que signifie de s’en revendiquer quand on est né en Alsace et qu’on a traversé le nazisme à la frontière franco-allemande ? Sa biographe, Élisabeth Schulthess, avait à peine 20 ans quand elle a croisé sa trajectoire. Elle participait, elle aussi, à l’occupation du terrain allemand de Wyhl où une centrale nucléaire devait se construire ; elle a ensuite relayé, inlassablement, la voix de la militante. Nous la rencontrons à Mulhouse, à la Kunsthalle2. Bien qu’à la retraite, Élisabeth Schulthess continue de prôner le désarmement et la non-violence. La faiblesse des mouvements anti-guerre l’émeut grandement. Une partie de notre discussion a paru dans notre dernier numéro papier — nous la publions ici dans son intégralité.
